LA PRÉSENTE ÉDITION
DES
ŒUVRES COMPLÈTES DE GUY DE MAUPASSANT
A ÉTÉ TIRÉE
PAR L’IMPRIMERIE NATIONALE
EN VERTU D’UNE AUTORISATION
DE M. LE GARDE DES SCEAUX
EN DATE DU 30 JANVIER 1902.
IL A ÉTÉ TIRÉ À PART
100 EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE LUXE
SAVOIR:
60 exemplaires (1 à 60) sur japon ancien.
20 exemplaires (61 à 80) sur japon impérial.
20 exemplaires (81 à 100) sur chine.
Le texte de ce volume
est conforme à celui de l’édition originale: La Petite Roque.
Paris, Victor Havard, 1886,
avec addition de:
La Peur, Les Caresses (inédits).
ŒUVRES COMPLÈTES
DE
GUY DE MAUPASSANT
LA
PETITE ROQUE
LA PEUR—LES CARESSES

PARIS
LOUIS CONARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR
17, BOULEVARD DE LA MADELEINE, 17
MDCCCCIX
Tous droits réservés.
I
LE piéton Médéric Rompel, que les gens du pays appelaient familièrementMédéric, partit à l’heure ordinaire de la maison de poste deRoüy-le-Tors. Ayant traversé la petite ville de son grand pas d’ancientroupier, il coupa d’abord les prairies de Villaumes pour gagner lebord de la Brindille, qui le conduisait, en suivant l’eau, au villagede Carvelin, où commençait sa distribution.
Il allait vite, le long de l’étroite rivière qui moussait, grognait,bouillonnait et filait dans son lit d’herbes, sous une voûte de saules.4 Les grosses pierres, arrêtant le cours, avaient autour d’ellesun bourrelet d’eau, une sorte de cravate terminée en nœud d’écume.Par places, c’étaient des cascades d’un pied, souvent invisibles, quifaisaient, sous les feuilles, sous les lianes, sous un toit de verdure,un gros bruit colère et doux; puis plus loin, les berges s’élargissant,on rencontrait un petit lac paisible où nageaient des truites parmitoute cette chevelure verte qui ondoie au fond des ruisseaux calmes.
Médéric allait toujours, sans rien voir, et ne songeant qu’à ceci: «Mapremière lettre est pour la maison Poivron, puis j’en ai une pour M.Renardet; faut donc que je traverse la futaie.»
Sa blouse bleue serrée à la taille par une ceinture de cuir noirpassait d’un train rapide et régulier sur la haie verte des saules; etsa canne, un fort bâton de houx, marchait à son côté du même mouvementque ses jambes.
Donc, il franchit la Brindille sur un pont fait d’un s