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ColetteLA MAISON DE CLAUDINE(1922)

Table des matières

OÙ SONT LES ENFANTS?
LE SAUVAGE
AMOUR
LA PETITE
L'ENLÈVEMENT
LE CURÉ SUR LE MUR
MA MÈRE ET LES LIVRES
PROPAGANDE
PAPA ET Mme BRUNEAU
MA MÈRE ET LES BÊTES
ÉPITAPHES
LA «FILLE DE MON PÈRE»
LA NOCE
MA SOEUR AUX LONGS CHEVEUX
MATERNITÉ
«MODE DE PARIS»
LA PETITE BOUILLOUX
L'AMI
YBANEZ EST MORT
MA MÈRE ET LE CURÉ
MA MÈRE ET LA MORALE
LE RIRE
MA MÈRE ET LA MALADIE
MA MÈRE ET LE FRUIT DÉFENDU
LA «MERVEILLE»
BA-TOU
BELLAUDE
LES DEUX CHATTES
CHATS
LE VEILLEUR

OÙ SONT LES ENFANTS?

La maison était grande, coiffée d'un grenier haut. La pente raidede la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers,la buanderie, la laiterie, à se blottir en contre-bas tout autourd'une cour fermée.

Accoudée au mur du jardin, je pouvais gratter du doigt le toit dupoulailler. Le Jardin-du-Haut commandait un Jardin-du-Bas,potager resserré et chaud, consacré à l'aubergine et au piment,où l'odeur du feuillage de la tomate se mêlait, en juillet, auparfum de l'abricot mûri sur espaliers. Dans le Jardin-du-Haut,deux sapins jumeaux, un noyer dont l'ombre intolérante tuait lesfleurs, des roses, des gazons négligés, une tonnelle disloquée…Une forte grille de clôture, au fond, en bordure de la rue desVignes, eût dû défendre les deux jardins; mais je n'ai jamaisconnu cette grille que tordue, arrachée au ciment de son mur,emportée et brandie en l'air par les bras invincibles d'uneglycine centenaire…

La façade principale, sur la rue de l'Hospice, était une façade àperron double, noircie, à grandes fenêtres et sans grâces, unemaison bourgeoise de vieux village, mais la roide pente de la ruebousculait un peu sa gravité, et son perron boitait, six marchesd'un côté, dix de l'autre.

Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochetted'orphelinat, son entrée cochère à gros verrou de geôle ancienne,maison qui ne souriait que d'un côté. Son revers, invisible aupassant, doré par le soleil, portait manteau de glycine et debignonier mêlés, lourds à l'armature de fer fatiguée, creusée enson milieu comme un hamac, qui ombrageait une petite terrassedallée et le seuil du salon… Le reste vaut-il la peine que jele peigne, à l'aide de pauvres mots? Je n'aiderai personne àcontempler ce qui s'attache de splendeur, dans mon souvenir, auxcordons rouges d'une vigne d'automne que ruinait son proprepoids, cramponnée, au cours de sa chute, à quelques bras de pin.Ces lilas massifs dont la fleur compacte, bleue dans l'ombre,pourpre au soleil, pourrissait tôt, étouffée par sa propreexubérance, ces lilas morts depuis longtemps ne remonteront pasgrâce à moi vers la lumière, ni le terrifiant clair de lune —argent, plomb gris, mercure, facettes d'améthystes coupantes,blessants saphirs aigus —, qui dépendait de certaine vitrebleue, dans le kiosque au fond du jardin.

Maison et jardin vivent encore, je le sais, mais qu'importe si lamagie les a quittés, si le secret est perdu qui ouvrait —lumière, odeurs, harmonie d'arbres et d'oiseaux, murmure de voixhumaines qu'a déjà suspendu la mort — un monde dont j'ai cesséd'être digne?…

Il arrivait qu'un livre, ouvert sur le dallage de la terrasse ousur l'herbe, une corde

...

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