George Sand





LE CHÂTEAU DES DÉSERTES



NOTICE

Le Château des Désertes est une analyse de quelquesidées d'art plutôt qu'une analyse de sentiments.Ce roman m'a servi, une fois de plus, à me confirmerdans la certitude que les choses réelles, transportées dansle domaine de la fiction, n'y apparaissent un instantque pour y disparaître aussitôt, tant leur transformationy devient nécessaire.

Durant plusieurs hivers consécutifs, étant retirée à lacampagne avec mes enfants et quelques amis de leur âge,nous avions imaginé de jouer la comédie sur scénario etsans spectateurs, non pour nous instruire en quoique cesoit, mais pour nous amuser. Cet amusement devint unepassion pour les enfants, et peu à peu une sorte d'exercicelittéraire qui ne fut point inutile au développementintellectuel de plusieurs d'entre eux. Une sorte de mystèreque nous ne cherchions pas, mais qui résultait naturellementde ce petit vacarme prolongé assez avantdans les nuits, au milieu d'une campagne déserte, lorsquela neige ou le brouillard nous enveloppaient au dehors,et que nos serviteurs même, n'aidant ni à noschangements de décor, ni à nos soupers, quittaient debonne heure la maison où nous restions seuls; le tonnerre,les coups de pistolet, les roulements du tambour,les cris du drame et la musique du ballet, tout celaavait quelque chose de fantastique, et les rares passantsqui en saisirent de loin quelque chose n'hésitèrent pas ànous croire fous ou ensorcelés.

Lorsque j'introduisis un épisode de ce genre dans leroman qu'on va lire, il y devint une étude sérieuse, et yprit des proportions si différentes de l'original, que mespauvres enfants, après l'avoir lu, ne regardaient plusqu'avec chagrin le paravent bleu et les costumes de papierdécoupé qui avaient fait leurs délices. Mais à quelquechose sert toujours l'exagération de la fantaisie, carils firent eux-mêmes un théâtre aussi grand que le permettaitl'exiguïté du local, et arrivèrent à y jouer despièces qu'ils firent, eux-mêmes aussi, les années suivantes.

Qu'elles fussent bonnes ou mauvaises, là n'est pointla question intéressante pour les autres: mais ne firent-ilspas mieux de s'amuser et de s'exercer ainsi, que decourir cette bohème du monde réel, qui se trouve à tousles étages de la société?

C'est ainsi que la fantaisie, le roman, l'oeuvre de l'imagination,en un mot, a son effet détourné, mais certain,sur l'emploi de la vie. Effet souvent funeste, disentles rigoristes de mauvaise foi ou de mauvaise humeur.Je le nie. La fiction commence par transformer la réalité;mais elle est transformée à son tour et fait entrerun peu d'idéal, non pas seulement dans les petits faits,mais dans les grands sentiments de la vie réelle.

GEORGE SAND.
NOHANT 17 janvier 1853



A M. W.-G. MACREADY.

Ce petit ouvrage essayant de remuer quelques idéessur l'art dramatique, je le mets sous la protection d'ungrand nom et d'une honorable amitié.

GEORGE SAND.
Nohant, 30 avril 1847.




I.

LA JEUNE MÈRE.

Avant d'arriver à l'époque de ma vie qui fait le sujetde ce récit, je dois dire en trois mots qui je suis.

Je suis le fils d'un pauvre ténor italien et d'une belledame française. Mon père se nommait Tealdo Soavi; jene nommerai point ma mère. Je ne fus jamais avoué parelle, ce qui ne l'empêcha point d'être bonne et généreusepour moi. Je dirai seulement que je fus élevé dans lamaison de la marquise de..., à Turin et à Paris, sous unnom de fantaisie.

La marquise aimait les a

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