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ARMAND SILVESTRE

CONTES

A
LA BRUNE

Illustrations de Kauffmann

A.C.L.

Je dédie ces contes à la très belle qui les a inspirés. Je lespublie pour les lecteurs fidèles de mes Pleines Fantaisies. _Ils yretrouveront mes meilleures pages et aussi le meilleur de moi, tout cequi y est profond et sincère.

La mélancolie et la gaîté s'y sont mêlées d'elles-mêmes, puisque ce sontdes contes d'amour et que l'amour est, à la fois, le suprême tristesseet la suprême joie._

ARMAND SILVESTRE.

Juillet 1888.

[Illustration]

L'HYMNE DES BRUNES

A Catulle Mendès.

Vous doutiez-vous, mon cher Mendès, que vous soulèveriez l'ire desbrunes avec votre jolie chanson des blondes? Vous voilà confondu dansun même anathème avec Maizeroy, également convaincu de n'aimer que lestoisons dorées baisant l'ivoire des épaules. Or voici que les porteusesde chevelures noires, dont un Styx jaillit du front marmoréen, ont élevévers moi leur plainte et m'adjurent d'être leur champion contre vous.Ils montent de toutes parts, leurs cris de vengeance, et le plus amerm'arrive de par delà la Méditerranée, comme un alcyon dont l'aile s'esttrempée au flot salé. Une lettre, une lettre terrible, mon cher, datéede Mustapha-Alger. N'affrontez pas ces rivages, mon ami, ou vousy trouveriez certainement le sort d'Orphée qui n'eut d'autre tortpeut-être que de trop pleurer devant la beauté farouche des Ménades, lescharmes dolents et baignés de mélancolie d'Eurydice.

Par quoi ai-je mérité d'être ainsi choisi pour défendre la splendeursombre des crinières faites de nuit et pour répéter aux échos le douxvers Virgilien:

Alba ligustra cadunt, vaccinia nigra leguntur.

où est chantée la saveur de la noire airelle? Sans doute par lasincérité d'un passé amoureux qui demeura, en effet, presque constammentfidèle à la beauté brune, malgré quelques excursions dans les champs deblés tout noyés de soleil vivant. Je ne blasphémerai pas cependant voscharmes exquis, filles qui portez au front des rayons de miel, et àqui je dus mes seuls plaisirs tranquilles dans le monde passionnel oùpresque tout me fut torture. La vérité est que mes vraies douleurs etmes profondes ivresses ne me vinrent pas de vous. Celle qui porte enelle le secret horrible de mes désespoirs et de mes joies, dont le piedtriomphant m'écrasa le coeur, est coiffée d'un casque d'ombre; et celaest ainsi depuis que j'aime. Je ne mentirai donc pas en célébrant sessplendeurs cruelles.

* * * * *

  Plus souples, plus légères que les fils dont la nuit
  Tisse le voile obscur où son front se recèle,
  Et plus enveloppants sont les cheveux de celle
  Vers qui mon seul espoir désespéré s'enfuit;

  Quand ma bouche en tremblant les effleure sans bruit,
  Leur magnifique éclat sous ma lèvre étincelle,
  Comme, dans le ciel noir où l'ombre s'amoncelle,
  Des étoiles le choeur soudain s'allume et luit.

  Comme dans un linceul vivant et que soulève
  Chacun des battements où se ry

...

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